DICENDUM QUOD EBRIUS
ILLUNI,*
Ivrognes sans lune
L’ivrogne fait du trottoir, oreiller d’infortune
Il y pose la tête enflée d’incertitudes,
Caresse du ruisseau, le filet de nos lunes,
Les regarde... puis, prend de l’altitude.
Les ivrognes éteignent les matins, ripant
D’avenues en impasses, l’œil glauque, figé
Sur le zinc d’un bistrot dont le noceur dépend,
Quand l’alcool et la mort reviennent affliger
L'inconscient vidé du solennel... transpercent
De l’honneur, la morale, tancent le dipsomane,
S'il titube sur le boulevard... puis, trace
De ses pas, les seings d’éthéromane.
L’ivrogne recoud des nuits blanches, le bâti
Aux replis cachés d'inélégantes fentes ;
Elles bâillent, quand l'épreuve abrutit
L’imbriaque curant la folie qui le hante.
L’intempérant sirote son mal en solitaire,
Enfourche la monture des désillusions,
Fixe des catadioptres aux torchères,
Estime vain, le feu de tendres passions ;
Annihile de sa folle pépie, l’ivresse salutaire,
Ecerne de la peur, sa lâcheté notoire,
Imprègne de son sang, chaque velléitaire,
Las, berce d'aphorismes la spongieuse mémoire.
Dans le flou de ces ides, s’ébat le libertin ;
Il lime de l’esquisse, l'accorte aquarelle
Asséchée au front de muses au satin
De serves bafouées au langage cruel,
Assoiffe l’émouchet sans grâce,
Lié au pal de longs soupirs fanés
Percutés d’erratiques rondes salaces
Peu à peu enivrées de clichés surannés.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2019


