VULTUR
GRYPHUS*
Condor des Andes
Oiseau, en de livresques haltes, ai fui
Des matins gris, le bitume arrogant,
L'asphalte dont le noceur fringant
Emprunte parfois, la brumaille de nuit.
Entre les pointillés d'inconcevables phrases,
Didascalie en pointe de décorum, mes ailes
Ont effacé de la moite grisaille, l'artificiel
Pénétré de nuisances, sans faire table rase
De douloureuses plaintes, d'invectives
De désemparés, enquillés au malheur.
Oiseau en ces remous où s'éventent les peurs,
Je nage en l'azur, rémiges déployées… passives,
Mes visées réactivent de la nue cotonneuse,
L'épaisse collerette, la froide jugulaire… aussi,
Sans m'assagir, pugnace, hardi, j'endurcis
Du bec, l'aciculaire apex, l'épine accrocheuse.
Triomphateur, rentrerai à l'aube, l'œil clair,
Empanaché de gloire, couronné en vainqueur
De sombres ides, rythmé de vents moqueurs,
Avant du noir, accuser les frissons d'éclairs,
L'électrique secousse aux mortes steppes ;
Les savanes s'y perdent, s'y désossent,
Puis du voile lointain, reclus en heimatlos,
S'éloignent de la plèbe… égrappés du cep.
De chaudes contrées, je traverse les âges
Tel l'aigle solitaire: majestueux accipitridé
Dont le plumage nargue le vieil héron ridé,
L'ibis chauve dont l'air proroge le voyage.
En la douce cadence d'alizéennes fuites, irai
Me reposer ; y verrai du noduleux branchage,
La vague ébouriffée, la lame qui, du rivage
Dissipera sans mal, l'hyade trop ajourée.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020


