ISABEAU
(Isabelle de Bavière 1371-1435)
Thadée Visconti, épouse d’Etienne III
Te donna le jour, puis du péristyle étroit,
Epia des commères, les joutes délétères
Dont se vêt la suivante rigide et sectaire.
A l’âge de quatorze ans, Charles VI t’épousa ;
Le bien-aimé t’absout… mais tu l’étais déjà,
Toi dont la beauté, la jeunesse captive,
Modelaient à escient l’âme contemplative.
Mère de douze enfants, de Charles à Philippe,
La Bretagne, l’Anjou en raillant tes principes,
Te privèrent de l’appât dont les femmes caressent
Du profond exutoire, la cerne enchanteresse.
D’aucuns disent que Philippe serait illégitime ;
Se peut-il que l’ivresse_ peu à peu, envenime
De la gourme railleuse, l’étrange rémanence,
De l’hystérésis, le trouble de l’absence ?
Prétextes, argutie, de la coquecigrue, isolent
L’élégiaque sujet fardé sous camisole ;
Ces mimiques au for de l’inconscient,
Amputent du réel, l'idoine, hors subconscient.
***
La guerre de cent ans, le schisme d’occident
Ont rendu Charles fou… pour toi, il était temps
De donner à son trône conseil de Régence ;
Y siègent désormais les noblaillons de France.
Piètre politicienne, haïe des Armagnacs,
Rivale de Jean sans peur, traîne aux flaques,
Ton nom de courtisane, ton sublime éponyme ;
Sont-ce les hobereaux tièdes, pusillanimes
Ces Germains indécis quant aux lois,
Aux ordalies dont tu te fais archonte ? Vois
Du fiévreux reître, la flamme moqueuse !
Elle vacille encor en ses ides crayeuses…
Bientôt, Philippe le hardi te viendra renverser
Du pinacle où l’on hisse les cerbères censés
De l'âme trépassée aux incertaines lunes,
Garder la geôle grise et ses fosses communes.
Berry, en médiateur calma la vindicte, hélas !
Des scissions, au calme que matelasse
La langueur du mensonge, nulle trêve possible…
Isabeau, l'angoisse en ces humeurs cessibles
Condamne au bûcher tes rêves d’infortune ;
S’émiettent tes joies ; tes craintes, une à une,
Enjuguent de l'atrabile, l’impudique aigreur ;
Se peut-il que ce bât trahisse ta maigreur ?
***
Où es-tu amoureuse griffée du froid satin
De ces drapés de reine ? Quel amoureux latin
Serait à même de boire à ta laiteuse source,
A laper en l’écuelle, s’il achève sa course ?
De Louis, duc d’Orléans, tu devins l’alléguée,
Laissant aux périssoires le soin de naviguer
Sur l’océan factice de ta gorge poudrée,
Franchissent des mots le magistral adret.
Ton fils adultérin écorcha ton aura…
Jean menaça Paris, ton duc l’assassina ; tu sauras
En ces jeux interdits, désormais t’asservir
Aux fertiles monarques dont tu veux t’assouvir.
***
1413… Les Cabochiens prirent Paris en tenaille,
Voulurent le pouvoir vaille que vaille…
Henri V profita du trouble de la France,
Remporta Azincourt… la Normandie en transe
Se soumit sans contrainte à son hégémonie…
Peut-on tuer l’avenir aux râles d’agonie ?
Face à cette intrusion, et au bras du Dauphin,
Ce bel enfant chéri au talent des plus fins,
Tu échouas… la réconciliation ne su en toi,
Trouver l’élégance agrée de riches francs-comtois.
1417… A Troyes, les Bourguignons reçurent
Le pouvoir de régner au milieu des injures…
Septembre, à Montereau, jean fut assassiné ;
La France devint bancale… Bourguignons, vous êtes nés
De ces unions barbares, cette vraie cruauté
Qui animent les peuples ivres de liberté !
***
Quand Philippe le bon alla venger son père,
Tes yeux donnèrent ton à cet échec amer …
La vengeance amoindrit parfois du raisonnable,
En de faux idiolectes, le langage appréciable
Dont la cour agrémente en la prosopopée,
De vexatoires fables utiles à l’épopée…
*
Alliée à Henri V par le traité de Troyes,
Le jeune duc de Bourgogne su se passer de toi…
Il épouse Catherine, fille de Charles VI,
La monarchie sombra au fond du précipice…
Même s’il conserva son titre de roi de France,
Il garda de l’ivresse du style, tangible méfiance.
1435, à l’hôtel Saint-Pol, la mort t’enveloppa
D’un suaire confortable… Aras, tendrement t’y drapa.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020



