MARITIMAE
INTOXICATIONES*
Maritimes ivresses
En des terres lointaines, au cri de l'oisillon,
Les océans égrènent de la lame iodée,
L'inconstance des flots, de remous désodés,
Privés du sel marin, de fastueux tourbillons.
Monte des chaudes îles, en un lointain chahut,
Une étrange cacarde fusant des palmeraies ;
Les sirènes y voilent, et pour s'en emparer,
La dense tonitruance écachée de cohue.
En un mirage né du dédaigneux tumulte,
S'ouvrent du miroitement de la digue océane,
Quand poudroie le Phébus, le rire des gitanes,
L'aigre voix de tziganes, élevée en un culte
A l'éveil de marées émergées du sopor
Des confluentes vagues jouxtées d'autres rives,
Celles que les amants foulent de la dérive
D'étreintes enhardies, sans support.
De loin, s'ébrouent les baleines accortes,
Jubartes dont les bosses soulèvent
Des frisures de l'onde, l'étrange grève
De laquelle s'isolent les sargasses mortes.
Fortune de cristaux, richesse de rorqual,
Soutenues du labre en sa fraie, de tanches,
De crayeuses pointes de coraux étanches ;
Entre elles, festoient d'insatiables squales.
Les briffauds au ventre des fonds bleus
S'en repaissent, alourdis de plancton,
De fretin enlacé aux rochers, d'avortons
Poussés des courants, du pavillon sableux.
Le monde est à ce point, de cossus privilèges,
Inondé de plombée, d'aquatiques ventées ;
L'atoll conquis de la faune, se laisse tenter,
Jouant l'émissaire, l'herméneute qu'assiège
La masse ; elle renfloue de la magnificence,
La féerique extase dont le silence entaille,
De goulues révérences, l'harmonieuse baille
Aux seyantes marbrures de nitescence.
Que ne suis-je en l'ivresse de cette poésie,
Trouvère de bohème tierce, ménestrel
Grisé de florales effluves ignorées du pétrel
En bombance, sans montre d'agueusie !
De mes rires éteints, aux atones désirs,
Les mouettes se délient, heureuses
De confondre de la nue, l'ouateuse
Percée, la débâcle, pour lentement gésir
Sur la berge ; les crachins y conspuent
Des poussives gangues, pulsatiles échos
Aux rais désaccordés, frimas dont l'écot
Satisfait d'une taxe, le biotope repu.
Emmurés d'ascensionnelles luttes,
Voyagent étés et printemps de Gauguin ;
Si pour le temporel, la vieillesse est un gain,
L'onde, de l'esthète, attise la culbute.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020



